L'Eau
 
 
 
 

 

L’eau source de vie au caractère à la fois à la fois endogène et exogène  fait  partie des concepts intrinsèques à la  vie, car sans tomber dans un lieu commun usé, l’on peut dire qu’elle caractérise la vie, elle la définie, elle la coordonne, la dirige.  Mais l’eau est un concept car elle ne souffre pas de communication au contraire de l’idée, et ce qui est intéressant dans le concept de l’eau c’est qu’il est, on ne peut concevoir qu’il ne soit pas.

L’eau est temporelle et intemporelle, Etienne Chatilliez nous propose le long fleuve tranquille de la vie, j’y reviendrai. Nous ne savons rien de l’eau si ce n’est quelques propriétés et sa formule chimique qui associant deux molécules d’hydrogène à une molécule d’oxygène donne justement de l’eau, pourquoi ?

Les philosophes du soupçon, Nietzsche, Marx et Freud et dans une moindre mesure leur prédécesseur Schopenhauer avaient déjà bien compris qu’au-delà de la conception matérielle de l’objet, il existait une causalité sans cause, une finalité sans fin propre à tous les concepts. Il en est de même pour l’eau, nous ne savons pas ce qu’est l’eau, nous savons simplement ce qu’elle conditionne, c’est beaucoup et peu à la fois car la question principale de la causalité de l’eau ne trouve pas de réponse, et c’est bien normal car s’il y avait une réponse, il n’y a aurait plus de connaissance et la gestion empirique du savoir serait rejetée dans les sables.

L’examen précis de la temporalité de l’eau est parfaitement inutile, car des exemples multiples tous les jours nous prouvent que l’eau existe et que nous ne pouvons faire sans. Alors elle a pris des substantifs élogieux, des qualificatifs moins élogieux, et pour ainsi dire elle est le tout, et que dire du tout si ce n’est encore une fois qu’il est.

La recherche de la connaissance à ceci de particulier, qu’elle engendre la généalogie au sens propre du terme philosophique, la question reste sans réponse, et elle se renouvelle en permanence, quand l’on s’interroge sur un sujet comme l’eau, la question prend prend toute son importance car nous n’avons pas de réponse à son concept, et si nous n’avons pas de réponse ceci prouve à tout le moins, que l’eau est un concept par elle-même comme la parallèle à une droite.

Comme l’eau symbolise la vie, comme je l’ai dit plus haut, elle symbolise également la connaissance car le fleuve au début de son existence commence par une source fine pour grossir au fil des kilomètres pour à la fin aller se jeter dans la  mer. Quel plus bel exemple de la symbolique de la connaissance, qui n’est pas en tout comme le dit Platon mais qui est dans l’idée comme le dit Aristote. La connaissance évolue au fil du temps, elle reste soit empirique soit inductive, mais elle avance comme l’eau dans le lit de son fleuve.

Mais posons-nous la question, qu’est-ce qui avance le corpus de l’eau ou bien son entité, il est intéressant de constater que comme l’eau claire est transparente, on ne sait point si l’eau bouge, si elle reste stagnante ou bien si c’est son volume entier qui se meut. Je vois là une comparaison intéressante avec la raison, en effet l’on ne peut dire si la raison est acquise, si elle évolue au cours du temps. Ce qui conceptualise la raison ce n’est pas l’expérience, mais l’acquis et cet acquit nous ne le maitrisons pas, il est inné, il sera sans doute modelé par les années qui passent mais il restera ce qu’il était, continuum dans son tunnel aux dimensions définitivement fixée par le destin du sujet.

J’ai dit, qu’il ne me semblait pas nécessaire d’étudier la temporalité de l’eau, car elle ne pose pas de questions. Par contre elle en provoque sur sa causalité et c’est ce que nous allons voir maintenant.

Comme je l’ai dit plus haut, la connaissance a ceci de particulier, c’est qu’elle est inextinguible, elle est le propre de l’homme son modus vivendi. On pourrait imaginer un monde qui se satisferait de ce qu’il a sans se poser de question, mais il serait condamné à mort, car il n’y aurait plus de moteur à son existence,  seulement un carburant distribué à loisir sans possibilité d’évolution. Imaginons un instant un iceberg au sixième  émergé et aux cinq sixième immergés. La partie émergée correspond à l’acquis,  ce que l’on sait, ce que l’on maitrise, les questions auxquelles on a pu apporter une réponse, mais le reste représenterai le « ça » que j’appelle le « Quoi ».

 La causalité implique des questions auxquelles nous répondons au premier degré : «  Pourquoi je sors chercher le pain » ? Réponse facile, mais continuons à nous poser la question et nous arriverons vite à nous trouver face à un mur sans réponses et à se satisfaire d’un « c’est comme ça » ! Alors nous voici confronté à la causalité sans cause et à la finalité sans fin. L’eau est, mais pourquoi, qu’est-ce que l’eau à quoi correspond-elle ?

Insurmontable pessimisme qui laisse en plan face à un iceberg dangereux en profondeur mais connu en surface. Je ne sais si la vie peut se satisfaire de non réponse, personnellement je ne le pense pas, et certains se sont empressés d’essayer de donner ces réponses à la finalité en croyant par exemple. La caractéristique fondamentale de la religion est de donner des réponses  à l’insondable, à la partie immergée de l’iceberg. L’homme vivra dans sa croyance assimilant chaque évènement à l’action divine d’un grand régulateur de la vie et de la pensée.

La difficulté étant surmontée, vivons heureux dans notre croyance et résolvons le problème par cette action divine impalpable responsable à notre place.

Mais la réflexion n’est pas cela, cette réflexion, cette addiction à la réponse convenue ne réussit pas à me faire transgresser ma raison, car c’est de cela qu’il s’agit. Toutes les tentatives, métaphores, images ésotériques, hermétiques et autres ont transcendées l’eau, comme dans l’initiation au premier degré de la maçonnerie spéculative, cette transcendance, ce caractère sacré est bien la preuve que nous nous situons en face de l’inconnu et ce qui est pire c’est que cet inconnu conditionne la vie, il est au-delà du sacré car il est tangible mais inconnu, tandis que la puissance mystique est fantasmatique et correspond à une situation donnée et à un instant donné. Cet inconnu transcende la vie certes mais il transcende aussi la mort ainsi le cercle est fermé, et l’eau substance « divine » a trouvé son équation et donc sa solution.

Il est facile de s’abriter derrière une réponse qui va entrainer une généalogie de causes et d’effets mais si l’on remonte au point originel du concept, à sa source, la finalité finit dans les brumes de la raison. Notons au passage que j’ai employé le mot source ce qui prouve bien une fois encore que l’eau est de caractère vital faisant partie du tout ou de l’étant ce qui est en ce qui nous concerne, presque la même chose.

Cette difficulté, ce pessimisme ambiant que Sartre a très bien décrit dans «  La nausée » nous pousse au suicide intellectuel, en effet, quoi de plus terrible de ne pouvoir se poser une question, but ultime de la connaissance, alors peut-être sommes-nous loin de l’eau mais je ne crois pas que cela se mesure en distance si ce n’est en distance raisonnable pris au sens propre. Il est terrible de se demander pourquoi, pourquoi, au risque de finir sa vie comme Schopenhauer, assis sur son canapé attendant la mort en seule compagnie de son caniche !! Ou bien comme Nietzsche le cerveau détruit par la  maladie en pleine jeunesse.

Parlons aussi des artistes qui  mis en exergue par notre Schopenhauer seront ceux pour qui la raison touchera au plus près la réponse. Mais malgré cela, tous les grands artistes à peu d’exception près trouveront dans la folie la substance nécessaire à l’accomplissement de leur art. Qu’est-ce à dire, que nous avons besoin de dépasser notre raison pour enter dans un univers fictif symbole de la découverte ou du dépassement de soi-même? Je ne le pense pas car tout cela n’est qu’une forfaiture de l’esprit qui nous fait croire que l’œuvre est créé au-delà de la raison suffisante, au bon soin de notre égo alors enfoui sous l’avalanche des questions restées sans réponses.

Ce pessimisme qui doit être caché par la philosophie, qui enjolive la recherche de la connaissance, qui dépasse la cause première est l’élément fondamental du néant. La symbolique de l’eau est très particulière car elle s’articule sur ce que l’on veut pour peu que l’on y consacre une implémentation psychique.

Alors, ne serait-il pas plus sain de considérer le « Bateau Ivre » de Rimbaud comme la raison suffisante du phénomène. A la lecture primaire du poème correspond une espèce de rejet comme celui que l’on a devant une œuvre absconse que l’on ne comprend pas ou mieux qui n’est comprise que par l’auteur lui-même...Mais avançons, tout le monde connais « Qu’en termes élégants ces choses-là sont dites et les mots pour le dire viennent aisément » Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas le chemin qu’à emprunté Rimbaud.

Il a sublimé l’élément liquide base de son poème, assise sure, structure connue pour se laisser « dériver »  à sa surface, il existe un autre exemple du même processus, c’est « Lucy in the sky » des Beatles. En fait l’eau n’est que la portée sur laquelle sont écrites des notes, sans portée pas de musique, sans eau pas de vie.

Alors quelle conclusion tenir, il n’y en a pas, car l’eau coule et coulera bannissant les termes de la vie, horloge imprécatrice de l’étant de sa façon douce mais terriblement efficace. Juge incorruptible du temps. Elle est, elle sera, pas de présent ni de futur, intemporalité dérangeante, conscience brisée du devenir de l’homme. 

 

 

 

©Ainsi-va-la-vie-2015-jp-Henault

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